Trois questions à : Frédéric Bouche, maire de Villeparisis

Le 12 mai 2022

 

 

photo Frédéric Bouche, maire de Villeparisis

 

 

Élu en 2020, le maire de Villeparisis (Seine-et-Marne) a mis la participation citoyenne au coeur de son programme puis de sa politique municipale. Budget participatif, conseil de participation citoyenne, et bientôt un bus citoyen : de nombreux dispositifs sont mis en oeuvre afin de permettre aux citoyens de se saisir de la chose politique.

Presque deux ans après le début de cette démarche, nous avons pu interroger le maire sur sa vision de la démocratie participative et sur la mise en oeuvre de ce programme ambitieux.

 

Comment est née l’ambition de votre équipe municipale en matière de démocratie participative locale ? Qu’est-ce qu’une ville comme Villeparisis a à gagner à mettre en œuvre une telle démarche ?

C’est un intérêt et une ambition que j’ai partagés avec la liste que je conduisais dans le cadre de la campagne municipale, et que nous avons mis au cœur de notre programme. Nous sommes convaincus qu’il s’agit du meilleur moyen pour lutter contre la rupture entre la population et le monde politique, qui ne répond plus aux attentes des citoyens. Cette rupture se traduit notamment par de faibles taux de participation aux élections. Cela permet de dépasser le cadre du « chef du village » : chacun peut se saisir de la chose politique à l’échelle locale, s’informer, et compléter l’action programmatique.

Une de nos sources d’inspiration nous vient notamment du travail réalisé depuis un petit moment maintenant par l’ancien maire de Kingersheim, Jo Spiegel. A titre personnel, j’avais une vraie curiosité intellectuelle à comprendre comment la démocratie participative pouvait être mise en œuvre à l’échelle d’une ville de taille moyenne. 

Je pense que cet échelon, de la ville moyenne, est particulièrement intéressant pour la concertation : elle dispose d’un tissu humain suffisant pour mettre en place des dispositifs de participation tels que le tirage au sort, tout en conservant en visage humain avec une distance plus faible entre les élus et les citoyens. Les villes moyennes disposent également des moyens financiers, mais aussi en termes d’effectifs, afin de faire vivre cette démocratie participative. 

À Villeparisis, nous avons ainsi pu investir de l’ordre de 10 € par habitant, ce qui nous permet d’avoir un budget de participation citoyenne (BPC) de 260 000 €.

 

Après un an de mise en œuvre concrète sur le terrain : quelles sont les bonnes surprises ? … et les moins bonnes ? 

En 2020, la démocratie participative était vraiment le leitmotiv de notre campagne, et ma plus grande frustration est que notre mandat débute avec le Covid. Cela a malheureusement été un frein absolu : la participation c’est l’humain, et c’est donc le contact, et les outils à notre disposition ne peuvent remplacer ces temps d’échange et de partage. 

Au-delà de cela, je suis ravi et extrêmement enthousiaste de ce que nous avons pu mettre en place et de comment les citoyens se saisissent des nouveaux outils à disposition.

Certaines choses peuvent perturber les élus, comme l’ouverture des commissions municipales aux membres du conseil de participation citoyenne. C’est un équilibre à trouver afin que chacun puisse participer et proposer, mais aussi faire évoluer et transformer les outils de participation. Une fois que tout le monde comprend, parmi les élus, mais aussi les services, que l’on ne peut pas avancer sans associer la population, on comprend que ce n’est pas un frein, mais parfois des accélérateurs de projets, et c’est extraordinaire.

Et aujourd’hui, ça prend aussi dans la population ! Notre plus gros succès, c’est le budget participatif citoyen, avec plus de 70 projets déposés et 44 projets retenus, qui sont de qualité.

 

Quels conseils donneriez-vous à une autre municipalité qui souhaiterait déployer une telle démarche dans sa ville ?

Tout d’abord, il est important pour chaque ville de s’adapter à son contexte et aux attentes de ses habitants.

Il est également très important de miser sur la formation des citoyens à la participation, en mettant à leur disposition des outils pédagogiques.

Enfin, il est essentiel de bien comprendre et d’expliquer l’articulation entre la démocratie participative et la démocratie représentative, qui ne se remettent pas mutuellement en cause.