Chargée de piloter la livraison des ouvrages permanents nécessaires aux Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver des Alpes françaises 2030, la Solideo entre dans une phase décisive. Damien Robert revient sur la place accordée aux territoires, le défi du calendrier et l’héritage que ces investissements devront laisser bien après l’événement.
La Solideo Alpes 2030 pilote la réalisation des ouvrages permanents nécessaires aux Jeux et assure directement la maîtrise d’ouvrage de plusieurs opérations. Comment associez-vous les territoires et leurs habitants aux projets que vous portez ?
Les Jeux de 2030 présentent une caractéristique majeure : ils seront organisés sur plusieurs pôles, dans des territoires très différents par leur géographie, leur population, leur histoire et leurs usages. Nous ne pouvons donc pas conduire ces opérations à distance, ni appliquer partout les mêmes solutions. La proximité avec les collectivités, les habitants, les associations, les acteurs économiques et les futurs utilisateurs des équipements est indispensable.
La Solideo a pris l’engagement d’organiser une concertation sur tous les projets dont elle assure directement la maîtrise d’ouvrage. Certaines démarches sont placées sous l’égide de garants indépendants désignés par la Commission nationale du débat public. Mais, au-delà du cadre réglementaire, notre objectif est surtout d’engager le dialogue le plus tôt possible pour que les contributions puissent éclairer les études et les décisions. Nous devons expliquer ce que les Jeux imposent, présenter les choix encore ouverts et rendre compte des arbitrages. C’est ainsi que nous pourrons concevoir des ouvrages adaptés aux territoires et compris par ceux qui les feront vivre après 2030.
Dans un calendrier particulièrement resserré, comment intégrer l’expertise des acteurs locaux sans retarder la réalisation des ouvrages ?
Sans les acteurs locaux, nous ne livrerons pas à temps. Le calendrier ne nous permet précisément pas de concevoir les projets seuls, puis de découvrir tardivement des contraintes d’usage, d’exploitation ou d’insertion territoriale. Nous devons nous appuyer dès maintenant sur l’ingénierie des collectivités, sur les exploitants des équipements et sur la connaissance du terrain détenue par les habitants et les acteurs locaux.
Cette expertise permet de mieux comprendre le fonctionnement réel de chaque site, d’identifier plus rapidement les difficultés et de prendre des décisions plus robustes. La concertation ne signifie pas que toutes les propositions pourront être retenues. Le maître d’ouvrage conserve la responsabilité de décider, dans le respect du programme olympique, du budget et du calendrier. En revanche, il doit écouter, expliquer ses choix et en rendre compte. Dans un programme de cette ampleur, le dialogue territorial n’est pas une contrainte opposée à l’efficacité. Il constitue l’une des conditions de la réussite opérationnelle des projets. C’est en tous cas notre conviction et la manière dont nous assurons notre mission.
Vous affirmez que « l’héritage prime sur les Jeux ». Que signifie concrètement ce principe pour les ouvrages de 2030 ?
Les Jeux dureront quelques semaines, tandis que les ouvrages resteront pendant plusieurs décennies. La réussite de la Solideo Alpes 2030 ne se mesurera donc pas seulement à sa capacité à livrer dans les délais. Elle dépendra aussi de l’utilité réelle de ces investissements pour les territoires après l’événement. Nous nous appuyons d’ailleurs souvent sur des projets qui préexistaient sur les territoires, mais qui attendaient un coup de pouce pour devenir réalisables.
Notre ligne directrice consiste à minimiser l’empreinte des Jeux et à maximiser leur héritage. Nous privilégions la transformation et la valorisation de l’existant, nous limitons autant que possible les constructions nouvelles et l’artificialisation des sols, et nous veillons à ce que chaque ouvrage corresponde à un besoin durable. Les villages des athlètes doivent pouvoir devenir des logements, d’activités et de vie, les améliorations apportées aux mobilités doivent servir quotidiennement aux habitants et les équipements sportifs rénovés doivent conserver un usage après 2030. L’accessibilité universelle fait également partie de cette ambition : les ouvrages et les parcours doivent être conçus pour bénéficier au plus grand nombre.
L’héritage n’est donc pas une réflexion que nous engagerons une fois les Jeux terminés. Il constitue, dès aujourd’hui, un critère de conception et d’arbitrage. Notre responsabilité est de faire des Jeux un accélérateur de transformations utiles, sobres et durables, et non une finalité en soi.