Le micro-trottoir, souvent moqué, parfois mal utilisé, est un outil puissant quand il est bien conduit. Son principal atout : aller vers les publics éloignés de la concertation classique. Les quartiers NPNRU, les écoles, les halls d'immeuble. On va chercher la parole et, à travers un échange bienveillant, on facilite l'expression de tous. Une différence fondamentale avec l'atelier participatif, qui ne mobilise jamais que ceux qui ont déjà quelque chose à dire ou du moins, la confiance pour le dire.
Cette démarche a été expérimentée à grande échelle lors de la concertation nationale que nous avons menée pour Enedis autour du compteur Linky, dans neuf villes françaises. Une enquête participative grand format, avec des profils volontairement diversifiés : âges, catégories socio-professionnelles, niveaux d'information sur le sujet. Le résultat : une matière vivante, des opinions tranchées, des doutes sincères, des incompréhensions révélatrices. Exactement ce qu'on cherche dans une concertation.
L'enjeu central du micro-trottoir, c'est la diversité des témoignages. Un profil trop uniforme trahit la démarche. Il faut cadrer avec soin : le profil des personnes approchées, la durée des prises de parole, les formulations des questions. Le rôle du montage est majeur : enchaîner les visages, les voix, les angles différents pour produire une vidéo dynamique qui ne ressemble pas à un catalogue d'opinions, mais à une conversation collective. Spontanéité, expressivité, diversité des positions, voilà ce qu'un bon montage doit faire sentir.
L'atout final, c'est la diffusion. Un micro-trottoir s'utilise partout : en ouverture d'un atelier pour lancer le débat, en introduction d'une réunion publique pour ancrer le propos dans la réalité du terrain, sur les réseaux sociaux pour toucher ceux qui ne seront pas présents, sur le site internet du projet pour garder une trace vivante de la parole habitante.