Les Français et le Grand Débat National : une bonne idée… risquée

Le sondage réalisé par Etat d’Esprit Stratis pour Public Sénat et Le Point sur le grand débat national lancé par le gouvernement révèle différents points sur les attentes et la perception de l’opinion de cette démarche participative.

Le grand débat national est connu des Français : 87 % d’entre eux en ont entendu parler.
Les thématiques prioritaires concernent la meilleure association des citoyens aux prises de décision et la présence de l’Etat sur le territoire national. On a quitté peu à peu la revendication thématique pour une aspiration plus globale de la reconnaissance de la parole de chacun.
Une mobilisation mesurée : seuls 47 % des Français souhaitent participer au débat, ce qui n’est pas un résultat particulièrement élevé par rapport à d’autres sondages sur la participation.
Une participation en ligne qui est privilégiée : les 2/3 des Français qui souhaitent participer au débat privilégient cette démarche.
Une démarche appréciée, y compris de la part de ceux qui déclarent ne pas souhaiter y participer. En effet, seuls 37 % considèrent que « cela ne sert à rien », ce qui est faible pour un sondage sur ces thématiques.
Le tirage au sort : un dispositif soutenu par 75 % des Français qui considèrent que ce mode de consultation est une bonne chose en particulier par les soutiens des gilets jaunes. Il s’agit vraiment de donner la parole à ceux que l’on n’entend pas en règle générale.
Des mesures concrètes sont attendues pour plus de la moitié des Français, qu’il s’agisse de réformes institutionnelles ou de la mise en œuvre d’un référendum. D’un autre point de vue, on peut considérer que la moitié des Français n’attendent pas de mesures concrètes à l’issue de cette crise mais cherchent à faire passer un message ou d’échanger.
Un impact limité sur la gestion de la crise. 1/3 des Français, y compris chez les sympathisants des gilets jaunes considèrent que le débat permettra de sortir de la crise.

Le grand débat national n’est pas la solution mais c’est une des solutions pour résoudre la crise. Il vaut mieux avoir cette démarche imparfaite et critiquée que rien du tout. Elle répond en tout cas aux aspirations essentielles qui s’expriment de donner la parole « au peuple ». Encore faut-il savoir, comment l’État intègrera les expressions du débat, en particulier sur la prise en compte des aspirations de cette France qui ne parle pas. D’autant plus que ces aspirations vont souvent à l’encontre de politiques publiques qui répondent soit à des enjeux économiques ou écologiques. La clef de réussite du débat national serait de favoriser des échanges entre les Français entre eux et non entre les français et l’État.

Les Français ont largement entendu parler du grand débat national

La notoriété du débat est forte. Près de 9 Français sur 10 ont entendu parler du grand débat national. On voit l’impact de la très forte médiatisation de thème ces derniers jours.

Les thématiques en débat

L’analyse des thèmes en débat fait apparaître :

  • Pour les soutiens des gilets jaunes, le principal thème du grand débat est la meilleure association des citoyens à la prise de décision. Il s’agit de donner la parole à ceux qui ont le sentiment de subir des décisions « prises d’en haut ». Les réactions sur l’interdiction de voitures diesel dans la Métropole du Grand Paris vont par exemple dans ce sens.
  • La transition écologique n’est pas un thème central pour les Français et en particulier les sympathisants des gilets jaunes.
  • La principale thématique relève de la présence de l’Etat et des services publics sur l’ensemble du territoire.

Un souhait de participation équilibré mais mesuré

Les Français se partagent sur l’intention de participer au débat national : 47 % y sont favorables, 52 % ne le sont pas.
La proportion des sympathisants des gilets jaunes souhaitant participer au débat est légèrement supérieure (51 %/47 %).
En revanche cette volonté de participer est plutôt plus faible que le montrent d’autres études qui révèlent que 75 % des Français souhaitent donner leur avis sur des projets publics qui les touchent.

Une participation en ligne

De manière très classique les Français ne veulent pas que leur participation leur prenne du temps et les oblige à se déplacer. En règle générale, 20 % seulement des personnes interrogées se déclarent prête à se rendre à une réunion publique.
L’accessibilité et la facilité d’utilisation du site dédié du débat sera donc un enjeu majeur de la consultation.

Des réserves classiques mais limitées

Même si l’inutilité du grand débat arrive en tête des raisons pour lesquelles une partie des Français ne souhaitent pas y participer, cette proportion est faible. En effet, 37 % des personnes interrogées considèrent que « cela ne sert à rien » alors que cette proportion était de 60 % dans un sondage précédent sur la concertation en général. Les thèmes (11 %) et les modalités de participation (15 %) sont faiblement critiqués.

Le tirage au sort : un dispositif innovant attendu

La mise en place d’un dispositif de tirage au sort de citoyens est un dispositif qui est approuvée par 75 % des Français. Les soutiens des gilets jaunes sont particulièrement favorables à ce dispositif puisqu’ils sont 25 % à considérer que c’est une très bonne chose contre 16 % de ceux qui ne soutiennent pas les gilets jaunes.

Ce dispositif offre la possibilité de donner la parole à ceux qui ne la prennent pas.

Des évolutions attendues partagées

Certes 54 % des Français attendent des propositions concrètes (dont 57 % pour les soutiens aux gilets jaunes). Mais a contrario 46 % des Français attendent autre chose : faire passer un message au Président de la République, l’occasion d’échanger, avoir des informations… On n’est pas dans une démarche revendicative mais dans un mouvement d’expression et de reconnaissance.

2/3 des Français attendent des réformes

Le sondage nous a donné les thèmes prioritaires qui intéressent les Français (mieux associer les citoyens, mieux répartir les services publics sur le territoire…). Les 2/3 des Français attendent des réformes, un référendum sur ces sujets. Notons que les sympathisants des gilets jaunes se distinguent particulièrement car ils attendent un référendum à hauteur de 83 %.

Un impact mesuré sur la crise des gilets jaunes

Les deux tiers de Français considèrent que le grand débat national ne permettra pas de sortir de la crise des gilets jaunes. D’un autre côté un tiers (31 %) des Français considèrent que ce débat peut permettre de sortir de la crise et ce résultat est comparable à celui des soutiens des gilets jaunes (29 %).

Le soutien aux gilets jaunes

Même si le soutien aux gilets jaunes se réduit légèrement, on voit bien que la variable la plus significative dans le soutien aux gilets jaunes, ce n’est pas l’âge ou le CSP mais la proximité partisane. Alors que 57 % des Français se déclarent « soutenir les gilets jaunes », c’est le cas de 85 % des Français qui se déclarent proches du rassemblement national et de 81 % de ceux qui se déclarent proches de La France insoumise.

 

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